LE MUZUNGU MANGEUR D'HOMMES- Joseph NDWANIYE- Editions ADEN- 2012

Publié le par Lydie Bla

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Le Muzungu Mangeur d’hommes, littéralement le Blanc Mangeur d’Hommes  de Joseph Ndwaniye est d’abord  l’histoire d'une rencontre entre un homme européen et le Rwanda. Mais bien plus que cela, celle d’un homme qui part à la rencontre de lui-même autour des îles du Lac Kivu.

Arno, héros du roman, accompagne son épouse médecin, aux confins  du Rwanda. Elle y prend  le management d’un hôpital de brousse, pendant que lui est abandonné à la solitude de longues journées marquées par son inactivité. De proche en proche, il part à la découverte de son nouvel environnement : l’apprentissage de la langue est le sésame qui lui ouvre les chemins broussailleux des collines, les chemins du pays réel, à savoir des hommes et des femmes qui l’habitent. Peu à peu, Arno s’insère dans cet univers étranger, pour le faire sien, l’habiter pleinement. Il apprivoise le chemin récalcitrant qui mène vers la colline du village, brave tous les dangers, pour s’approprier peu à peu l’espace, celui du territoire, mais aussi celui du cœur des villageois. Car la démarche sincère d’Arno,  vise à se fondre pour ne faire qu’un avec l’univers magique et sans fards qui s’ouvre à lui, un univers auquel il voue un très grand respect. Lorsque l’ombre de la rumeur plane, l’accusant d’être un Muzungu Mangeurs d’Hommes, ce sont les sages du village qui viennent à sa rescousse. La rumeur, qui n’est rien de plus que la peur exprimée face à cet étranger, devient son nom,  celui qui le définit,  celui qui lui attribue une identité, et le place comme membre à part entière des Collines.

Dans le même temps, le couple d’Arno et de Lies sa compagne, continue de se déliter dans des cheminements individuels parallèles. Paradoxalement, Lies qui par sa profession est en prise directe avec la population de cette parcelle de Rwanda, reste une étrangère à ce pays. La suggestion ici est que le sens réel se niche souvent derrière le masque intime des apparences. La relation de Lies au Rwanda, circonscrite au territoire de l’hôpital qu’elle dirige, prend les termes d’une quête narcissique dont le point d’orgue est la relation amoureuse qu’elle noue avec Baptiste son chauffeur. Cette liaison fait voler le couple en éclat, et Arno entame un voyage initiatique et sensuel au cœur du lac Kivu, il y fera une rencontre, qui ne le laissera pas indemne, et le propulsera dans les labyrinthes de sa propre humanité.

Le Lac Kivu peut être considéré, dans cet ouevre, comme le Lac des rivages intérieurs avec lesquels Arno a conversé, les îles abordées prennent les formes de ces territoires encore vierges qui l’habitent à son insu. La conversation qu’il engage avec le Lac est celle de l’interrogation de ses propres possibles, de ses propres frontières.   

Nous ne dévoilerons pas ici ce qu’il est advenu d’Arno, ni de Baptiste le chauffeur, ni de Lies non plus. Nous nous contenterons de dire que le roman de Joseph Ndwanniyé est comme une fusée à plusieurs étages qui rend compte de la complexité humaine, de la complexité des rencontres. Le roman peut être abordé de plusieurs manières, parce que l’auteur s’est effacé avec discrétion à l’instant même où il nous a ouvert les portes qui mènent à ces destinées. Nous laissant en prise directe et vertigineuse avec les âmes qui habitent l’histoire.

La langue de Joseph Ndwaniyé est directe, fluide et subtile. Elle suggère le pays des « Milles Collines » comme un troisième personnage incontournable sans lequel rien n'aurait jamais été possible. Une vértité circulaire liant de façon indissociable le territoire à la narration.

 

Lydie Bla N'Guessan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans L'air du temps

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