La NOUBA- Michèle BAYAR- Editions la Cheminante 2014

Publié le par Lydie Bla

la nouba

La Nouba- Michèle Bayar

Editions La Cheminante

 

Le titre du roman de Michèle Bayar est celui d’un style musical, la Nouba, qui en arabe signifie attendre son tour, ou se succéder : chacun des musiciens devant attendre son tour avant d’entrer dans la partie. Il est aussi le symbole d’un métissage, celui du monde Arabe et de la péninsule Ibérique, ce métissage qui est celui de l’histoire de la Méditerranée depuis les grandes conquêtes.

Rachid, Zohr, Amine, Mabrouk, tiraillés entre le poids de la tradition sociale ancienne imposée par leurs parents, et leur volonté de s’en affranchir, pour habiter pleinement ce qu’ils sont, réduits à ne pouvoir exprimer librement ce qu’ils entendent faire de leur vie. Ils ne pourront s’en échapper qu’en prenant leur tour, à leur manière, au travers d’une partition écrite d’avance pour eux, dans de minuscules interstices, des lignes de fuites offertes dans les limites de la partition.

Musiciens improvisant sur la ligne mélodique imposée, ils finissent par la faire exploser pour en fin de compte, lui donner lle la de mélodie qu’ils avaient souhaitée.

La Nouba est lancinante et rebelle, mais parce que lancinante, elle finit par s’imposer à tous.

Elle finit par imposer les termes de la rébellion qu’elle diffuse. Elle diffuse la liberté que porte le métissage, mais surtout, l’idée que l’être humain est avant tout maître de ce qu’il veut ou ne veut pas porter. Que ces libertés se gagnent dans ces actes quotidiens, voir banals, du déroulement de l’existence. Aucun des personnages ne gagnera cette liberté au moyen d’une fronde ouverte, mais au contraire, de proche en proche, en contournant le système et l’ordre établi.

Nous pourrions considérer ce roman comme une fresque sociologique et culturelle, mais ce serait une erreur qui le réduirait à ce qu’il n’est pas. Ce roman est avant tout une fresque humaine, une fresque qui décrit les chemins empruntés par des êtres humains pour s’affranchir de codes sociaux qui entravent leur liberté, les chemins empruntés par des êtres humains pour donner à leurs vies le sens qu’ils entendent donner à lui donner. Ce roman est une fresque magnifique de liberté.

Rachid, Zohr, Mabrouk, ont ainsi attendu  leur tour, avant que demain, une nouvelle génération vienne leur succéder, pour inscrire de nouvelles libertés.

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