A Paul M MARCHAND 1961-2009

Publié le par Lydie Bla

A PAUL M MARCHAND  Reporter de guerre   1961-2009

 

Paul marchand

 

 J’ai cherché au loin,  à l’abri de ces  bruits assourdissants,      

 sifflement de balles des Snipers incertains

De Beyrouth ou de Sarajevo,

                       Les décombres de toi-même

 

Ton ombre avait déjà tiré la meilleure révérence,

Celle là même que tu t’étais toujours réservée

Dans  le calice de ce cigare qui parcourait en ta compagnie

De trop nombreuses aurores dévastées.

 

         Le temps a fait son œuvre  de guerrier redoutable

 

Au cours  de ces nuits qui n’en finissaient de se finir d’éclairs et de tonnerre

Odes à une danse mortuaire si parfaite d’efficience 

 

As-tu exploré  l’essentiel de canopées vides de sens 

 

Pleines cependant  de ces horreurs qui retiennent l’aube dans de magnifiques retranchements

 

             Imprégnés de nos  très  infiniment  petits

 

 

Les parcourir aura été une trop longue chevauchée portée par  ta voix

Contre-feu dérisoire face aux abysses insondables

                                                                             

 

Une poignée de ce monde,

  

armée de ce même et  indicible courage de granit,

 

A TOUT COMME TOI

 

Fait le chemin douloureux propre à cette part d’humanité définitive et insupportable

 

laissant au détour de la cognée, des pans entiers de destinée

 

L’instant n’est plus à te dire au revoir,

mais saluer l’ensemble de cette œuvre

 

Unique et incertaine  semée par toi dans l’antre de l’éternité.

                                               Lydie Bla N'Guessan

 

Un an s’est écoulé avant que je ne puisse écrire ce poème en hommage à Paul M Marchand, un an pour que le temps fasse son œuvre et tienne sage ma douleur. C’est à la fin du mois de Juin 2009 qu’il a pris la décision de tirer sa révérence, de terminer son aventure, d’écrire le dernier chapitre de son histoire. Paul M Marchand, était cette voix que je n’avais pas entendue depuis le début des années 90, cette voix que j’avais perdue de vue sans même y prendre garde. Tout au plus était-elle devenue un souvenir fugace qui me traversait l’esprit de temps en temps. Avec l’illusoire certitude que nous ne pourrions que nous télescoper un jour en raison de l’étroitesse de notre planète. C’est à l’ampleur de la tristesse qu’a occasionné en moi cette nouvelle, que je sais désormais que l’on ne mesure jamais assez  la place parfois invisible de l’affection, de l’estime que l’on porte à des êtres croisés sur un chemin de traverse.

J’ai rencontré Paul sur les bancs de Sciences PO Grenoble, un ami commun nous avait présenté l’un à l’autre. Il était très facile de détester Paul M Marchand : iconoclaste, irrévérencieux, suffisant, ironique, cynique, il portait, la provocation en bandoulière et savait manier le mépris avec beaucoup de répartie. Les ingrédients de l’alchimie qui s’opéra entre nous ce jour là me restent inconnus, très certainement que des pans entiers de nos âmes ont conversé à notre insu pour sceller un pacte.  Certes, nous n’avons jamais connu l’intimité de l’amitié, mais avait-il le temps de s’éterniser dans les formes d’une telle relation tant la mystérieuse quête qui l’animait semblait urgente ? Nous avions pourtant suffisamment de sympathie l’un vis-à-vis de l’autre pour décider de nous retrouver, de poursuivre ce lien pendant presque une décennie. Il partageait avec moi les faits marquants de son existence.  Paul parlait…et je l’écoutais, parfois il me demandait mon avis. Son machisme, sa personne entière me faisait sourire, de ce sourire bienveillant-celui d’une grande sœur à l’ègard son très teigneux petit frère. J’avais juste la certitude que seule une incommensurable détresse intérieure pouvait être à l’origine de cette part sombre qu’il affichait de lui-même comme une sublime provocation. Au cours de nos très jeunes années, j’ai toujours eu la certitude qu’il avait choisi de flirter quotidiennement avec la mort, parce qu’il l’appelait de tout son être, qu’il avait déjà déserté sa propre personne depuis bien longtemps. Qu’en fin de compte, être au cœur de l’horreur à Beyrouth et plus tard à Sarajevo, n’était rien de mieux que de témoigner de la noirceur de ces abysses qui sont nôtres en échange de son sacrifice, une manière de donner un sens au sacrifice de sa personne.

La dernière fois que nous avions échangé au téléphone, il avait été blessé à Sarajevo, venait de se faire opérer et de rentrer en France. Il a écrit 4 romans dont « Ceux qui vont mourir  » paru chez Grasset en 2001, le seul que j’ai lu. Un roman qui lui ressemble, une écriture qu’il est  allé chercher très au fond de ses tripes, cette façon qui lui était particulière de tenir la chronique de l’horreur pour nous la rendre perceptible, pour nous projeter en son sein en sa compagnie. J’ai retrouvé Paul à travers ce passage « Crever d’un fait de guerre me semblait convenable et honorable ; trépasser dans un saugrenu accident de voiture eût été déplaisant et humiliant, à la limite de la grossièreté ». Cette manière d’aborder les choses avec dérision ne l’avait jamais quitté. « Concevoir l’ébranlement absolu est une délicatesse. Cette épreuve détache et isole. L’ennemi d’une vie est sa mauvaise lenteur. Aussi il est préférable de dévaler à contre-courant sa nature, et s’écraser solaire ». Très certainement un très magnifique testament.

 

Bibliographie :

-          Sympathie pour le Diable- J’ai lu 1998

-          Ceux qui vont mourir- Grasset 2001

-          J’abandonne au chiens l’exploit de nous juger-Grasset 2003

-          Le paradis d’en face-Grasset 2007

 

Publié dans L'air du temps

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